
Un shutdown de nouveau évité, ainsi qu’une publication d’inflation tempérée, permettent un rebond partiel des marchés US au terme d’une semaine très négative. La perte est plus modeste en Europe, tandis que le Japon clôture la semaine en hausse, de même que la Chine continentale.
Le non coté offre-t-il un refuge dans ces marchés agités ?
Macro 🔭
Aux Etats-Unis, l’optimisme des petites entreprises (indice NFIB pour février) continue à fléchir, et ce avant même les déclarations du week-end dernier de Trump, n’excluant pas un ralentissement de l’économie (I hate to predict things like that. There is a period of transition because what we’re doing is very big). L’escalade sur les droits de douane se poursuit, y compris une hausse de 200% envisagée sur les alcools européens. L’inflation surprend à la baisse pour les prix à la consommation (2,8% en février après 3% en janvier) comme pour les prix à la production (3,2% annualisé). Les données d’emploi de la semaine sont plutôt bonnes (augmentation du nombre de postes à pourvoir de l’enquête JOLTS, petite baisse des inscriptions initiales au chômage). La confiance des consommateurs (première estimation pour mars de l’indice Michigan) s’effondre sur fonds de forte hausse des anticipations d’inflation (les attentes sont passées de 2,8% en décembre dernier pour l’inflation à un an à 4,9% en mars), Le revirement des démocrates du Sénat, qui menaçaient de bloquer le texte budgétaire provisoire adopté mardi par la chambre basse et l’adoptent finalement vendredi, permet au marché de se reprendre : le gouvernement est financé jusqu’en septembre.
La semaine est assez pauvre en indicateurs macro dans la zone €, plus riche en annonces. Le chancelier allemand Friedrich Merz arrache aux Verts un accord sur le programme d’investissement de 500 Md$ pour la défense, l’infrastructure et le climat, qui doit désormais passer au vote. L’adjudication de 10 ans allemand (Bund) se fait à 2,9%, une hausse de plus 40 points de base en un mois. Christine Lagarde, présidente de la BCE, alerte dans une interview à la BBC sur les risques d’une guerre commerciale pour la croissance globale en général, et américaine en particulier. Fitch maintient la note de la dette française à AA- et n’anticipe pas d’amélioration. L’agence, dont les prévisions ont été historiquement plus fiables que celles du gouvernement, attend 0,6% de croissance en France cette année (la Banque de France passe à 0,7% cette semaine), et un déficit autour de 5,5% pour les trois prochaines années.
Au Japon, taux longs et salaires remontent : le principal groupement de syndicats (Rengo) annonce avoir obtenu des hausses de salaires de 5,5%, de quoi compenser peut-être le retour de l’inflation, qui se traduit dans les inquiétudes des consommateurs et des entreprises (baisse cette semaine de l’indice Economy Watchers pour février et ralentissement notable des dépenses des ménages pour janvier). L’estimation finale de croissance du PIB au T4, à 2,2% annualisé, montre toujours une accélération de l’économie, mais moindre que dans l’estimation précédente (2,8%). Les taux longs poursuivent leur redressement (2,3% désormais pour le 20 ans, 1% de plus qu’en janvier 2024). Comme aux Etats-Unis, l’économie navigue une phase de transition.
Cela malmène un peu ma thèse positive sur la Chine, mais c’est la deuxième semaine d’affilée que les données sont médiocres, notamment l’indice des prix à la consommation, négatif de 0,7%. Certes, des effets de calendrier ont joué (timing du nouvel an chinois), mais cela fait maintenant deux ans que les prix oscillent autour de 0. Les investissements directs étrangers replongent (-20% en février) ; la baisse, enclenchée mi-2023, a « culminé » à -31% en août dernier. Des mesures de relance de la consommation doivent être annoncées lundi, expliquant la semaine positive sur les valeurs de Chine continentale.
Micro 🔬
Malgré le rebond de vendredi, le S&P 500 a perdu 8% depuis son plus-haut (…), le Nasdaq 100 plus de 10%. Le stratégiste de Goldman Sachs revoit son objectif pour la fin d’année à 6200 contre 6500 auparavant. La moyenne des prévisions des stratégistes de 12 banques d’investissement interrogées par Bloomberg en janvier s’établissait à 6614, soit 12% de hausse attendue.
En tête des baisses pour le S&P figurent Deckers Outdoors (dont la marque la plus connue de ce côté de l’Atlantique est Ugg), Tesla et On Semiconductors.
Les ventes de Tesla sont à la peine en Chine aussi : elles ont baissé de 49% en février, et le groupe devient le 11ème en part de marché, en raison de modèles plus datés et nettement plus chers que ceux de BYD notamment. Musk se fend d’une lettre (non signée) au bureau du représentant américain au commerce, recommandant de s’assurer que les efforts de l’administration sur les taxes à l’importation ne pénalisent pas les sociétés américaines. Le fonds de pension des fonctionnaires danois Akademiker Pension place le titre sur sa liste d’exclusion en raison de l’historique de la société sur les droits des salariés et du risque croissant posé par Musk.
Intel rebondit à l’annonce de la nomination d’un nouveau DG, Lip-Bu Tan. Le poste était vacant depuis début décembre. En pertes en 2024 pour la première fois en 40 ans, la société a besoin d’une réinvention qui devrait assurer encore pas mal de volatilité, mais affiche depuis sa sortie du Dow Jones une performance nettement supérieure à celle de sa remplaçante, Nvidia.
Adobe déçoit les analystes sur ses prévisions de chiffre d’affaires et de résultat pour le premier trimestre et perd 14% en séance. Les investisseurs s’inquiètent de sa stratégie de monétisation des outils d’intelligence artificielle.
Oracle, qui avait retrouvé l’an dernier les faveurs du marché en raison de son développement dans les infrastructures de cloud destinées à l’IA, déçoit à la fois sur ses résultats trimestriels et sur ses projections pour le trimestre en cours. La société double ses capex cette année.
De Delta Airlines au fabricant de vêtements American Eagle, les publications de résultats se font l’écho d’un ralentissement de la demande des consommateurs, qui se reflète aussi dans des tendances plus favorables chez les chaînes discount (Dollar General cette semaine).
Kering perd 11% vendredi à l’annonce de la nomination de Demna, dont une campagne publicitaire pour Balenciaga avait fait scandale, au poste de directeur artistique de Gucci, assuré de garder ainsi son image plus choc que chic. Les errements de Gucci font et surtout défont le cours depuis 25 ans, pourquoi changer ?
La minute innovation 🧚🏻
Le Gemma 3 dévoilé par Google cette semaine délivrerait la performance des meilleurs LLM dans 140 langues.
Le Chinois Manus se targue d’être le premier agent d’IA générale. Un stagiaire doué selon la MIT Review, ce qui n’est déjà pas mal.
Concierge.ai se connecte à vos logiciels pour vous afin de réaliser les tâches que vous lui assignez.
Quand l’IA triche. Si votre IA ne fait pas ce que vous lui avez demandé, par paresse ou parce qu’elle est mal intentionnée, surveillez-la mais ne la contraignez pas trop, sinon elle masquera ses écarts : détails ici.
Deutsche Telekom annonce le lancement d’un téléphone IA, le premier de sa catégorie, en partenariat avec Perplexity au deuxième semestre 2025. Le modèle intégrera aussi des fonctionnalités de traduction en temps réel et de création de podcasts.
Trop de vagues
Offrons-nous un peu de répit en allant voir ce qu’il se passe dans le non coté, ce monde merveilleux où les variations de valeurs d’actifs se publient au trimestre, pas à la minute. Pitchbook a récemment publié son rapport sur la performance des différentes stratégies des fonds non cotés dans le monde (arrêtée à la fin du deuxième trimestre 2024 compte tenu du décalage dans la publication des valorisations). La classe d’actifs affiche un TRI de 6,9% au T2 2024. Nettement moins bien que les actions cotées sur la même période, et que par le passé puisque le TRI 10 ans de la même série est de 12%. Au T3 2024, il serait en données préliminaires de 2,6%.
Par segment, les résultats sont les suivants : plus de 9% pour le capital développement et la dette privée, TRI négatif pour le capital-risque (grand gagnant des excès de 2021) et l’immobilier. Actifs réels, fonds secondaires et fonds de fonds affichent entre 2 et 8% de performance. L’écart de performance entre les stratégies retrouve sa tendance historique, après s’être fortement écarté pendant la bulle des valorisations de 2021, qui avait brièvement porté le TRI des fonds de capital-risque à près de 80%.
Le TRI annuel du capital développement, à 9,3%, poursuit le redressement entamé depuis fin 2022, et les fonds européens sont en tête (12,5%). Tout n’est pas rose néanmoins : les sorties sont toujours difficiles, et la période de détention moyenne des sociétés atteint un plus-haut de dix ans aux Etats-Unis, à 3,5 ans. Elle était de 2,4 ans en 2018, pas très loin de la période de détention d’une action cotée dans un fonds de gestion active : de quoi battre quelque peu en brèche l’argument d’un temps long du monde du non coté qui s’opposerait au court-termisme des marchés.
Au final, les actions non cotées ne fournissent pas d’immunité contre les guerres commerciales, la hausse des taux longs ou les bulles de valorisation. En revanche, la classe d’actifs est évidemment moins volatile, contrepartie de l’absence de liquidité et de la dispersion des performances (nous avions fait le point ici), et peut diversifier une exposition actions, certains segments offrant une décorrélation importante : si la corrélation avec les marchés actions est relativement élevée (0,8) pour les fonds de capital-développement, et dans une moindre mesure pour la dette privée, le capital-risque et les actifs réels, elle est très faible pour les fonds de secondaire (0,2).
Cet article ne constitue pas une recommandation d’investissement sur les thèmes ou les titres mentionnés.
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