Les marchés américains terminent la semaine en territoire positif, Dow Jones en tête, grâce à des commentaires jugés accommodants du président de la Fed, et malgré les signaux négatifs envoyés par les résultats des entreprises. Petite hausse également en Europe, tandis que le Japon s’apprécie fortement et que les marchés chinois terminent la semaine en baisse.

L’accord de Mar-a-Lago : Trump peut-il rééditer les accords du Plaza ?

Macro 🔭

 

Aux Etats-Unis, la Fed laisse ses taux inchangés, de même que ses anticipations de baisse d’ici la fin de l’année (0,5%) et en 2026. Elle ajuste ses attentes de croissance du PIB (1,7% en 2025 contre 2,1% auparavant, 1,8% en 2026 et 2027), et augmente ses projections d’inflation. Jerome Powell remarque que l’incertitude sur les perspectives économiques a augmenté mais estime que l’inflation causée par les mesures gouvernementales sera transitoire, rassurant les marchés. Les indicateurs de production restent mal orientés : plongeon de l’indice manufacturier de la Fed de New York, baisse de celui de la Fed de Philadelphie. La consommation ne fait pas mieux, avec une déception sur les ventes au détail. Enfin, dans l’immobilier, l’indice des constructeurs (NAHB) de mars baisse encore, de même que les permis de construire, mais les mises en chantier et les ventes de logements existants se redressent. Les inscriptions au chômage poursuivent leur très lente remontée, sur des niveaux qui restent historiquement faibles.

En Europe, le Bundestag puis le Bundesrat donnent leur feu vert à une réforme du frein à l’endettement par 512 votes favorables sur 733. Les dépenses de défense représentant plus de 1% du PIB (45 Md€) seront exclues des restrictions à la dette, un fonds d’infrastructure pourra emprunter jusqu’à 500 Md€ sur 12 ans (dont 100 pour la transition énergétique et 100 pour des projets régionaux), et les 16 gouvernements régionaux pourront emprunter jusqu’à 0,35% de leur PIB au lieu de devoir publier un budget à l’équilibre. L’inflation finale de février dans la zone € s’établit à 2,3%, en ralentissement par rapport à janvier. L’indice de sentiment économique ZEW se redresse notablement dans la zone €, plus encore en Allemagne. L’indice de confiance des consommateurs de la zone, en revanche, reste solidement en territoire négatif.

Au Japon, la banque centrale fait part d’inquiétudes liées à la guerre commerciale et laisse ses taux inchangés malgré la hausse de l’inflation, tout en laissant anticiper une hausse lors de sa réunion du 1er mai. L’inflation se tasse un peu (3,7% en février).

La Chine annonce lundi un plan d’action spécial pour stimuler la consommation. L’inventaire à la Prévert peut être consulté ici, j’en retiens des progrès sociaux (chômage, retraite, droits des salariés) qui pourraient inciter les ménages à épargner moins (l’épargne brute représente 44% du PIB selon la Banque mondiale, la France par exemple est à 21%, les Etats-Unis à 19%), et l’accent mis sur l’e-commerce et l’intelligence artificielle. Reste à assurer l’exécution de cette longue liste de mesures non chiffrées, mais c’est un pas dans la bonne direction, et devrait a minima permettre un redressement de la confiance des consommateurs. La croissance des ventes au détail sur les deux premiers mois de l’année, publiée cette semaine, met en évidence une petite accélération.

En raison de la guerre commerciale, l’OCDE revoit à la baisse ses attentes de croissance mondiale à 3,1% contre 3,3% en décembre dernier.

Micro 🔬

70% des investisseurs ont répondu à un sondage de Bank of America que l’exceptionnalisme américain touchait à sa fin, et la pondération des actions américaines dans leurs portefeuilles a baissé de 40%. Les flux vers les actions dans le monde ont néanmoins enregistré un plus-haut annuel cette semaine. Selon l’historien du capitalisme Russel Napier, un capitalisme national pourrait émerger.

Moins d’un an après avoir échoué à racheter la startup de cybersécurité dans le cloud Wiz pour 23 Md$, Alphabet l’emporte pour 32 Md$. Dans les deux cas 45x un chiffre d’affaires qui a crû de 50%.

Le fabricant de voitures électriques chinois BYD annonce de nouveaux modèles, Han L et Tang L, dont la batterie se charge en presqu’aussi peu de temps qu’il n’en faut pour passer à la pompe. 400 kilomètres d’autonomie en 5 minutes, une fois que les chargeurs seront installés : 4 000 installations sont prévues en Chine à ce stade.

Lors de la très attendue GTC conference d’Nvidia, Jensen Hueng dévoile deux nouveaux produits, Blackwell Ultra et Vera Rubin. Le premier produira plus de tokens par seconde, et la société estime que cela permettra à ses clients du cloud de les vendre en service IA premium pour leurs clients ayant des opérations urgentes ; Vera Rubin, dont les livraisons commenceront au deuxième semestre 2026, est la nouvelle génération de GPU de la société, composée d’une unité centrale de traitement (CPU) et d’un processeur graphique (GPU), et pourra gérer 50 petaflops de données, contre 20 pour le Blackwell actuel.

Les publications trimestrielles des « indicateurs avancés » de l’économie ne sont guère encourageantes : si le fabricant de semiconducteurs de mémoire Micron communique des prévisions optimistes pour le trimestre en cours et fait état d’une forte demande de composants destinés aux datacenters, les marchés traditionnels (mobile, PC) étant toujours faibles mais montrant des signes de reprise, il y a un bémol (qui vaut au titre une jolie sanction boursière) : les marges baissent, en raison de baisses de prix pas tout à fait compatibles avec le discours enthousiaste sur la demande. Le transporteur Fedex, baromètre du commerce mondial, revoit à la baisse ses objectifs pour le troisième trimestre d’affilée, évoquant l’inflation et les incertitudes sur la demande ; la société précise que ses objectifs, pas très enthousiasmants (baisse modérée du chiffre d’affaires pour le trimestre en cours), supposent que l’environnement global, politique et commercial, ne se détériore pas plus. Enfin, Accenture est victime du DOGE : moins de contrats des services gouvernementaux, et quant au secteur privé, pas de ralentissement avéré, mais « un niveau d’incertitude global élevé » depuis quelques semaines.

Nike attend une forte baisse de marge pour le trimestre en cours en raison de la hausse des droits de douane pour les produits en provenance de Chine et du Mexique, et de la nécessité d’écouler ses stocks. Il va falloir attendre encore un peu pour observer un retournement sur le titre.

Strategy continue à jouer à la roulette : cette semaine, le groupe émet pour la première fois des titres non dilutifs, en l’occurrence des actions préférentielles « Perpetual Strife » (STRF) offrant un dividende annuel de 10% payé trimestriellement (ou 1% supplémentaire par an s’il n’est pas versé). Pour acheter des bitcoins bien sûr, et pour la gestion générale du besoin en fonds de roulement. Un instrument financier qui laisse perplexe, des conditions de financement de plus en plus tendues (0 coupon il y a un an, 8% il y a un mois, 10% aujourd’hui), évidemment tout cela est validé par la SEC mais vu d’ici ça ressemble moins à du génie qu’à du Ponzi. Cela dit, l’émission a été sursouscrite et la société lève 711 M$ au lieu des 500 M$ prévus, ce qui pourrait contribuer, avec les flux positifs dans les ETF cette semaine, à soutenir le bitcoin à court terme.

La minute innovation 🧚🏻

OpenAI lance o1-pro, dix fois plus cher qu’o1 et, d’après les tests de la société elle-même, marginalement meilleur que son prédécesseur en maths et en code. Pendant ce temps, le Chinois Baidu annonce Ernie X1, qui sans enthousiasmer les foules (bien qu’il soit a priori équivalent à DeepSeek R1) serait supérieur à GPT-4o pour 1% du prix.

Un point pour Musk, quand même : les deux astronautes coincés dans la Station Spatiale Internationale depuis 9 mois (au lieu des 8 jours initialement prévus) par la faute de Boeing sont enfin rentrés grâce à Space X.

 

Le 13 mars, Airbus, Safran et Thales évitaient de justesse l’expulsion de l’indice CAC 40 ESG. Cette semaine, le président d’Euronext frise le génie en s’exprimant sur la principale innovation financière européenne de ces dernières années : “L’ESG de demain c’est Energie, Sécurité et Géostratégie“. A Sciences Po en 2022 : « La mutation ESG du capitalisme est en cours et transforme les préférences des investisseurs ». Aujourd’hui : « Les préférences collectives capturées par les indices ESG ont en partie évolué vers la nécessité de trouver notre sécurité. » Ce que dans nos métiers on nomme une gestion de convictions. Sciencebased.

Mar-a-Lago burning ⚔️

Nous reprendrons nos explorations des thématiques d’investissement, mais à court terme les marchés restent dominés par la macroéconomie et la géopolitique. Depuis quelques semaines, les interrogations portent sur l’accord de Mar-a-Lago et sur le « Trump put », que nous aborderons la semaine prochaine.

L’administration Trump est persuadée que la surévaluation du dollar est à la source du déficit commercial américain. Et qu’il est de son devoir de restructurer le commerce mondial. Stephen Miran, président du Conseil des conseillers économiques de Trump, propose de réajuster le système financier international en affaiblissant le dollar, comme lors des accords du Plaza de 1985 (son essai à ce sujet ici).

L’hypothétique accord de Mar-a-Lago consisterait en ceci : les Etats-Unis donnent au monde sécurité et accès à leurs consommateurs, en échange d’une devise plus faible et d’un secteur manufacturier renforcé. Les droits de douane permettent de faire pression sur les partenaires pour signer l’accord et de répondre à l’objectif de rapatrier des emplois manufacturiers. Quant à faire baisser le $, cela suppose que les principaux partenaires commerciaux (Europe, Japon, Chine) vendent des dollars et des bons du Trésor américain détenus dans leurs réserves. Le problème étant que la dette est passée de 54% du PIB en 1985 à 122% aujourd’hui, et que la hausse des taux qu’entraînerait ce mécanisme n’est pas supportable. Quelques alternatives : les Etats-Unis se dotent d’un fonds souverain pour acheter des devises étrangères (financé par des ventes de terres détenues par l’Etat ou la réévaluation des réserves d’or), ou ils imposent à leurs partenaires d’échanger leur dette américaine contre des obligations zéro coupons à cent ans (comment dit-on 100 balles et un mars en anglais ?). Tout ceci milite pour une exposition à d’autres devises (JPY, même si la hausse du JPY c’est un peu l’Arlésienne, € par exemple).

Dans la feuille de route de Miran, la première étape est de mettre en place les droits de douane pour avoir l’avantage dans la négociation. Autant se préparer à la prochaine vague le 2 avril. Et à quelques mois agités, en espérant que cette illustration devenue virale d’un Canadien soit la conclusion de l’histoire.

Cet article ne constitue pas une recommandation d’investissement sur les thèmes ou les titres mentionnés.